Les bâtiments de la cité sont maintenant divisés, un clan regarde dans le bâtiment qui est juste à côté de
moi les chaînes Al Manar et Al Jadid et les autres regardent LBC et Al Jazeera. Cela montre que la tension monte même au sein des étudiants.
Les chars sont à deux pas de chez nous, on écoute toujours les tirs mais ça a l’air de se calmer un peu.
Les étudiants Jordaniens et Saoudiens sont restés des heures à attendre les bus qui vont les évacuer…sous le soleil !
Jusqu’à là dans mes posts, je n’ai fait que décrire ce qui se passe, ce que j’entends et ce que je vois, mais là j’ai bien envie de parler de ce que je sens :
- Je ne suis pas terrifiée, ni stressée. Je ne panique pas, mais je suis un peu inquiète. Inquiète parce que je ne sais pas comment les choses pourront évoluer, si ce le début d’une guerre civile,
c’est que je suis mal barrée ! Inquiète parce que y’a des snipers autour de l’université qui risquent de tirer sur n’importe qui.
- J’observe, beaucoup. J’observe les réactions des gens, la panique. Ce n’est pas évident de vivre ce stress, la première réaction des gens était d’acheter quoi manger ; je n’ai pas eu ce
réflexe, peut être parce qu’on n’a jamais vécu une situation pareille, ou peut être parce que je comptais toujours sur mes parents pour le faire ! Bref, là j’ai appris que quand les choses
vont mal, faut penser à acheter quoi manger.
- Les Libanais paniquent, mais essaient de ne rien montrer. Hier soir, un groupe dansait de la Dabka, d’autres jouaient aux cartes, jouaient de la musique. Ils refusent l’idée de la guerre, et
pourtant, ceux qui dansaient sont ceux qui ont ségrégué les groupes aujourd’hui, pour que chacun écoute le discours politique qui lui plait sur la chaîne de son parti préféré.
- Les médias rapportent, mais ne rapportent pas tout ! Chaque chaîne présente la vérité de son point de vue, en ignorant les autres et en situation de guerre, c’est pas du tout funny.
Anyway, l’ambassade est où dans tout ça ? J’aimerais là vous raconter un épisode que je n’ai peut être pas rapporté sur le blog. Juste après mon arrivée à Beyrouth, je suis allée avec une
autre marocaine étudiante en sciences po à l’université pour qu’on enregistre nos noms dans l’ambassade, la situation au Liban est très instable et faut bien qu’ils sachent qu’on est là ! Le
mec qui nous a reçu était extrêmement froid limite insolent, on lui a dit que nous étions des étudiantes à l’université américaine de Beyrouth et qu’on est vraiment inquiètes et qu’on voudrait
mettre nos noms sur la liste des marocains résidant au Liban ! Le mec nous a regardé avec mépris – dial lmokata3a- et nous a dit : où sont vos papiers, comment je vais savoir que vous
êtes là pour étudier ou pour faire autre chose ? Comment je vais savoir si vous êtes mariées ou est ce que… !!!! Bref, un mois et demi après, nous avons reçu notre résidence au Liban, donc nous sommes repartis à l’ambassade, devinez ce qu’ils ont demandé ? La carte
nationale !!! Oui oui, le passeport – sur lequel il y’a le numéro de la carte nationale- et la carte nationale ! On a payé l’équivalent de 60 Dirhams et on nous a donné une carte bizarre,
dite carte consulaire.
Ça fait deux jours que la marocaine qui est avec moi à l’université essaie d’appeler l’ambassade, personne ne répond. Elle a donc fait appel à Ameadest pour qu’ils les contactent. Quelques minutes
après, elle a reçu un appel de l’ambassade, quelqu’un qui demande les noms des marocains qui sont à AUB et LEURS NUMÉROS de carte nationale !!! pourtant, si nos noms sont bien enregistrés et
si nous avons des cartes consulaires c’est qu’ils doivent avoir nos numéros de CIN !!!!
Bref, l’ambassade ne voit pas d’indications pour nous évacuer, c’est encore tôt et ils disent que ça va se calmer bientôt !
Merci pour vos mots et votre soutien. L’épisode est à suivre !