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5 octobre 2006 4 05 /10 /octobre /2006 20:03

Noooooooon, je ne me marie pas ;-)



 

Je fais partie de ceux qui finissent rarement les romans, je m’attache tellement aux personnages ou je me fais tellement chier que je ne finis presque jamais un bouquin ! Les exceptions existent bien sur et ceux qui ont pu mener mon masochisme jusqu’au bout peuvent être vraiment fiers de leurs œuvres !
Je n’aime pas les discours nostalgiques, et pourtant entre mes lignes il y’a beaucoup de nostalgie…7allouf Land c’est fini.
Oui mais pas sur ce blog, j’ai encore quelques petites choses à raconter… c’est vrai que ça fait tout bizarre de les raconter loin de l’ambiance, mais bon, y’a des idées qui ont bien germé dans ma petite tête et j’aimerais bien vous en faire part avant de clôturer la série des épisodes.
Mais avant, j’aimerais bien avouer que 7allouf Land me manque ! Oui, aussi bizarre que ça puisse paraître, cet endroit que j’ai failli fuir a su changer beaucoup de choses en moi, et a su m’apprendre encore plus…
Les derniers épisodes vont être courts, des échanges et puis des scènes vécues :

scène n°1 :
vers 12h30, le centre est plus ou moins vide, les malades se font rares…
le major vient escorter un malade ; il dépose un papier sur le bureau de ma collègue et lui demande : « l cachet dialek 3afak ! –ton cachet steuplééééé- »
elle le regarde bizarrement, puis regarde le malade.
Elle demande au malade de monter sur la table d’examen ; et là, surpris il lui dit : «  lla a tbiba, rani ghadi ntejwej – Non Dr, c’est juste un certificat prénuptial- »

scène n°2 :
vers 10h30, les couloirs sont pleins à craquer, j’entends des bruits de mon bureau…
je sors en courant voir ce qui se passe, comme le médecin chef était déjà parti, je me dirige vers le bureau de l’autre médecin du centre. Un malade est entrain de lui gueuler dessus !!! Mon dieu.
Il la traite de tous les noms, et la menace de lui fracturer les côtes à la sortie et tout ça pourquoi ? Parce qu’elle lui a demandé de sortir le temps qu’elle examine un autre malade qui était là bien avant lui.
Il fait un scandale au sein du centre et réclame son certificat de mariage.
Moi je refuse de les faire.

 

Le médecin chef est déjà parti, donc c’est la pagaille.
Ce même malade était venu la veille et avait demander un prolongement de son certificat de maladie vu que sa douleur sciatique s’exacerbait ; on a compris alors qu’il voulait prolonger ses vacances pour se marier…et bien sûr il voulait son certi sans se faire examiner…

Le certificat prénuptial ressemble à un chiffon pré-établi, qui atteste que l’examen clinique du malade ne révèle aucune pathologie notable. Par ailleurs, aucune sérologie n’est demandée, RIEN de chez RIEN !!!
Ce monsieur peut avoir dans son sang des tas de VIH ou de tréponèmes sans que personne s’en rende compte, et il va se marier et répandre ses germes à sa partenaire…
je dis ce Monsieur parce que durant mon passage je n’ai vu aucune femme venir demander un certificat prénuptial, va savoir pourquoi ? Peut être, c’est pas une pièce nécessaire.
L’examen clinique à lui seul ne permet pas d’attester que le malade est sain de toute pathologie, et encore, les malades refusent même de se faire examiner quand il s’agit d’un certi prénuptial. Alors pourquoi bon le faire et faire casquer à l’état un tas de papiers ?
Le médecin chef m’a dit une fois : iwa ghir sellek, lmeghrib koulou ghadi hakda ! – laisse aller les choses, ne te complique pas l’existence avec ces détails-
ah bon ?
N.B : post intéressant sur le blog de Infinity : Le Blog et l'alternative à la presse nationale .. au Maroc ..

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20 septembre 2006 3 20 /09 /septembre /2006 23:28

Quand j’ai fait mon moufti ;-)

 



Le retour. Ah oui, la rentrée n’a jamais été facile.
Ça fait à peu près deux semaines que j’ai repris le stage à 7allouf land. La routine a étouffé toute envie d’écrire. Sensation de déjà vu quotidienne. J’avais l’impression que les malades et les maladies se ressemblaient de plus en plus…
Ce fut la fatigue mais surtout le nuage d’été qui refuse de faire de la pluie et de revenir au boulot. Mais aujourd’hui, et même avec ma tête de zombie, j’ai souri à une malade lui disant tacitement ; Merci de m’offrir l’idée du post de ce soir.
Je vous décris la scène. Une salle de consultation avec deux médecins dans un même bureau ! – Ah oui, j’ai oublié de vous dire qu’on m’a jartée de mon bureau ; snif snif-. Des malades qui rentrent, des malades qui sortent, du bruit à l’extérieur de la salle, une querelle entre un malade et une infirmière, une malade qui tombe dans les vaps après une injection, les bébés qui crient…toutes ces scènes ne me frappent plus, je m’y suis habituée.
Ça me fait vraiment de la peine de l’avouer. Oui, je me suis habituée à 7allouf land center. Tout ce qui me surprenait au début me paraît normal ; même les malades qui me draguent en plein couloir, ceux qui me regardent de travers, ceux qui m’insultent, ceux qui veulent m’imposer leurs sciences…tout ce qui a fait des posts et des épisodes fait désormais partie de ma vie, et ça ne surprend plus.
Mais NAAAAAAAAAAAAAAAAAAN ! Je ne veux pas perdre mes réflexes, je ne veux pas sombrer dans le système, je ne vais pas me plier à la routine et devenir un maillon dans une grande chaîne dont on ignore le début et la fin…Je me ressaisis petit à petit, et là que j’ai senti l’envie d’écrire à nouveau, ça me rassure !
Une malade se présente. Elle dit avoir des secrétions vaginales abondantes et nauséabondes. Je lui demande d’aller à la salle d’examen gynéco pour que je vienne l’examiner. Et là, elle écaquille les yeux et m’annonce :
  ‘mais moi je jeune aujourd’hui !!’
  ‘euh, et alors ? ça n’a rien à voir avec l’examen’
Elle sourit et enchaîne : ‘ ben non, tu ne peux pas m’examiner si je jeune, ça va me gâcher mon jeûn !!!’
Et là, vint mon tour d’écarquiller les yeux pour lui dire
‘ choufi a madame, si je vous fais un toucher vaginal, ça n’atteindra en rien votre jeune’
Elle se lève et me dit : ‘ je préfère revenir vendredi, au revoir’
Alors pour lever tout lapsus, je vous fais mon roukn almoufti de la semaine ;-)
A l’issu du congrès de la fondation Hassan II « Ramadan et santé » organisé en 1998, les médecins et les oulémas se sont mis d’accord sur le fait que certains examens, actes médicaux et médications n’altèrent pas le jeûne du Ramadan, en voici la liste :

Examens :
Toucher vaginal fait par un médecin ou une sage-femme.
Toucher Rectal.
Prélèvements sanguins pour examen biologique.
Prélèvements de tissus hépatiques ou d’autres organes.
Anuscopie.

Actes :
Fibroscopie, sans introduction de liquide ou autres substances.
Colposcopie.
Lavage auriculaire.
Lavage vaginal.
Lavage vésical.
Utéroscopie ou pose d’un stérilet.
Sonde Urétrale, endoscopie urétrale et administration de produits de contraste.
Soins dentaires, extraction dentaire, brossage de dents – à condition de ne pas avaler-
Utilisation de sonde pour visualiser les vaisseaux cardiaques ou tout autre organe.
Coelioscopie pour examens des organes abdominaux ou pour acte chirurgical sur ces organes.

Médications :
Traitement par les aérosols – chez les asthmatiques-
Traitement par gouttes ophtalmiques, auriculaires ou nasales.
Traitement par les comprimés en sublingual tels que la nitroglycérine pour traiter les crises d’infarctus du myocarde.
Traitement par les ovules, les comprimés vaginaux ou les suppositoires.
Injections sous cutanées, intramusculaires, injections intra-réctales ou intraveineuses, don de sang, transfusion.
Opérations sous anesthésie [Franchement !!!] si le malade a décidé la veille de jeuner.
Gel et patchs.
Gargarisme à condition d’éviter d’avaler.
Injections qui se pratiquent au cours de l’hémodialyse.

Source: Cahiers du médecin N°6; p.48.

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24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 00:27

Pourquoi 7allouf land s’appelle 7allouf land ?

 

 


Ça fait 7 semaines que je suis à 7allouf Land. Que des aventures !!!
J’ai pu découvrir une région, que même les gens de Kénitra appréhendent.
Mais depuis que j’ai mis les pieds là bas, la dénomination de ce bout du monde m’intrigue !! Douar EL 7allouf, ou encore Diour el 7allouf. Sachant que selon les papiers officiels, cette région s’appelle Al Mintaka Al Motahhara.
D’accord !
Après 7 semaines, le mystère est tombé. Et j’ai eu droit à deux explications.
La première version.
Auteur : chauffeur de taxi.
Cette région située à l’est de Kénitra, était pleine de bidonvilles. Du coup, les responsables ont décidé de faire quelque chose pour améliorer la situation précaire des habitants. Alors, scénario habituel ; destruction des bidonvilles et constructions de bâtiments.
Les gens, habitués aux bidonvilles, ont été vraiment déçus de l’architecture des maisons octroyées.  Les fenêtres ressemblaient vachement aux portes de porcheries, d’où la nomination ; Diour El 7allouf .
La deuxième version.
Auteur : une infirmière du centre de santé.
Quand les autorités locales ont décidé d’abattre les bidonvilles, les habitants ont été rémunérés. Ils ont eu droit à une petite somme d’argent pour construire de vraies maisons au sein de ce quartier pas aménagé du tout !
Les travaux se sont bien déroulés, les maisons remises aux proprios ; mais ces derniers n’ont pas du tout aimé le design. Maison trop petite, couloir trop étroit, fenêtre trop grande, mûr à déplacer, et paff boum daba doum ! On fait tomber ce mûr, on change la façade, on crée un couloir ! mais tout ça ne peut être fait le jour…c’est que la nuit, quand les grands méchants loups dorment, que les habitants du quartier sortaient refaire leurs maisons ! C’est ainsi que les gens les ont comparés aux cochons, mais je ne saurai vous dire pourquoi !
Alors Version I, Version II, je ne sais pas…
En tout cas, mon séjour à 7allouf Land continue, mais sera marqué par une petite pause.

D’ici là, relisez les épisodes précédants et réfléchissez à la vraie version de l’histoire, quelle est l’étymologie de 7allouf Land !
Episode 1 - Episode 2- Episode 3- Episode 4- Episode 5- Episode 6- Episode 7

Celui qui trouve la version la plus chtarbée, aura droit à une visite en exclusivité à 7allouf Land ;-)
Alors, laissez libre cours à votre imagination.
A suivre, CCV’

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21 août 2006 1 21 /08 /août /2006 16:49

Post dédié à toutes les familles des anti-inflammatoires
Fkhater Diclofénac ;-)

Journée ordinaire à 7allouf land. Des consultations, des consultations et encore des consultations.
Une septuagénaire se présente, dos courbé par la maladie, traits affligés par la douleur. Chaque ride de son visage semblait cacher une histoire, une histoire triste… De ses traits se dégageait une grande amertume. Sur son petit visage lenticulaire se lit une vie pleine de déceptions, de sacrifices, de dévouement, d’échecs…
Elle a mal, et la douleur la ronge de plus en plus. Ses articulations ne supportent plus ces longues heures passées au service des autres. Elle formula ses peines en quelques mots et se tut.
Je l’examinai. Je lui prescris quelques médicaments. Elle quitta sans dire un mot.

Quelques jours après…

Journée ordinaire à 7allouf land. Des consultations, des consultations et encore des consultations.

Au suivant…
Elle rentre. Même courbure du dos. C’était elle…
Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en la voyant entrer… Ses petits yeux sombres étaient bien mis en valeur par ce Khôl qu’elle soigneusement mis autour de ses prunelles. La couleur de sa djellaba était plus gaie, et puis son visage était lumineux.
Certes les rides y étaient toujours, mais on sentait la libération de la douleur. J’avais devant moi une autre femme, une femme soulagée…
Elle était contente, ses articulations ne souffraient plus et elle est revenue me remercier.
Elle m’a dit qu’elle m’a envoyée tous les malades de sa famille, je suis devenue médecin recommandée :p
Et pour les encourager à venir me voir elle leur a dit : « hadik tbiba zina, dayra ki chouwaffa, 3erfat chnou 3endi bla manhder, sirou 3endha, choufou nnour 3la wejha, raha chouwaffa »
« Cette doctoresse est compétente, c’est une voyante, elle a su ce que j’avais sans que je dise un mot, son visage est lumineux, c’est une voyante ».
Fou rire.
Et voilà qu’un jour, après tant d’années d’études, je me vois nommée Chewaffa en chef par l’une de mes patientes, c’est un compliment qui me va droit au cœur, Merci.
Mais ce qui fait le plus plaisir dans tout ça, c’est de voir un malade soulagé de ses maux, quoi que je vous dise, je ne pourrai jamais vous décrire ce sentiment…quoique, j’ai d’autres anecdotes à raconter à ce propos, peut être dans un autre post ;-)
A suivre, CCV’

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9 août 2006 3 09 /08 /août /2006 18:33

Je n’oublierai jamais mon premier cours d’anatomie ; j’étais arrivée en retard ! Erreur fatale.
L’amphi était plein à craquer, une centaine de petites têtes porteuses de lunettes, agglomérées en masse dans la première, deuxième, troisième….dixième rangée ! Mon Dieu, je vais être shootée en arrière et je vais rien voir !
Mais le drame était beaucoup plus grave, j’ai pris mon cours comme j’ai pu :p…et en bonne petite fillette studieuse de première année de médecine, j’ai voulu refaire mes schémas et approfondir mes connaissances sur le sujet. Le «  Flexus Radial », voilà ce que mes oreilles avaient entendue, j’ai cherché à droite et à gauche, de dictionnaire en encyclopédie, Rien. On aurait bien inventé une voix féminine, cousine à celle des boîtes vocales et des gares : il n’existe aucun lien pour votre recherche, veuillez revenir ultérieurement !
Je ne suis pas revenue. Heureusement, j’avais vite réalisé que ce terme n’existait pas et malgré toute la complexité de la terminologie médicale, le flexus radial ne veut rien dire, et ainsi, mon premier cours d’anatomie s’intitulait en vrai : Plexus Brachial. J’étais pas loin ;-).
Oh des souvenirs…7 ans de médecine, déjà ! Je me rappelle de ma première année comme si c’était hier, et pourtant, ça fait bien plus de 2555 jours passés entre la paperasse et les couloirs du CHU…
Plus de 7 ans, à découvrir, apprendre et apprendre, des termes barbants, des pathologies compliquées, des cours interminables, des schémas bizarroïdes…huuuuuuuuu !. Mais j’avoue que le corps humain est très intéressant, et je ne regrette aucune heure de cours, ni de recherche que j’ai faite, c’est un plaisir de plonger dans ce monde fascinant.
Syndrome de Noonan, pyrosis, ténesme, épreinte ou encore polyarthrite rhumatoïde, mes petits neurones ont souffert le martyre pour gober ces tonnes de cours !
Et pourtant, face au malade, c’est un autre langage qu’il faut utiliser…notre dialecte commun offre bien des facilités dans ce sens, quand tu dis « Wach fih skhana » « Est-ce qu’il a de la fièvre » tout le monde comprend, le message est reçu 5/5 !!!
Mais des fois, les malades te sortent des termes…euh, je ne sais pas, bizarres, non Beeeeeeeeeeeeeeeezards !!! et là, bienvenue au néologisme national.
J’ai mis 4 ans pour comprendre que « moujloud » voulait dire abcès, c’est un terme qui revient tout le temps, et chaque fois, j’ai la même réaction : yeux grands ouverts, bouche bée, hein ? c’est quoi ? que quelqu’un m’explique l’étymologie de mot, que quelqu’un me traduise sa signification éthno-régionale !!! c’est qui cette « moujloud » ? peut être la femme de « Boukebbar », terme passe partout – je dis ça parce que je n’ai pas encore compris ce ça veut dire- que les malades me sortent à tort et à travers pour dire qu’ils ont mal quelque part !
Par contre, quand c’est des douleurs abdominales – gros chapitre de la gastro-entérologie- ça se résume à « Boumezoui », alors Boumezoui pour les douleurs péri-ombilicales, Boumezoui bis pour les douleurs épigastriques, Boumezoui Biz Biz pour les hypochondres droit et gauche !!! Au moins, là ils limitent le champ d’action, on est bien dans l’abdomen.
Mais mes cours n’ont jamais parlé de ces gens, ni de Boumezoui, ni de Moujloud, ils ont utilisé des termes beaucoup plus complexes pour nous pourrir l’existence. Des fois, j’envie les malades pour la simplicité avec laquelle ils prennent la vie, surtout qu’ils réagissent tous de la même façon : Aw, makat3efich chnou houa Boukkebbar ! C’est Boukkebar ! – Tu ne sais pas ce que c’est que Boukkebar ?-
Alors appel à vous, jeune médecin travaillant à 7allouf Land, nécessite des cours particuliers en terminologie médicale, des volontaires ?

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7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 00:59

Je me demande si ça vaut vraiment la peine de continuer à rapporter encore et encore mon vécu au sein du centre.
Quand j’ai décidé de partager mes tribulations hospitalières, je n’avais aucune idée de ce que j’allais raconter…au fil des jours, mes textes naissaient d’un vécu amer, et traduisaient en mots ce que je ressentais sur le terrain.
Il y’a deux jours, encore une scène d’insolence s’est produite au sein du centre, un malade déchaîné allait frapper une consoeur sans que le personnel réagisse, c’est devenu « normal » !!
A moi, ça m’a foutu la trouille, surtout que d’autres malades me draguaient sans gêne alors que je traversais le couloir pour aller examiner une patiente.
Raconter. Oui. Mais finalement, y’a des gens qui lisent, et leur raconter toujours la même chose va sans doute les ennuyer.
Raconter. Du nouveau. Oui. Ce n’est pas le même malade qui m’insulte tous les jours !
Et justement, parce que ces choses arrivent tous les jours, ça devient une habitude, et puisqu’on s’y habitue, on ne réagit plus…
Parler parler que pour parler c’est bien, mais ça sert à quoi ?
Les malades resteront toujours les mêmes, les pauvres d’entre eux n’auront pas de quoi acheter leur traitement, et les agressifs utiliseront toujours leurs coups de poing !
Mes écrits ne changeront pas le monde, encore moins la médecine au Maroc. Mes textes ne me protègeront pas quand un malade me menacera de me casser la gueule parce que je refuse de le voir alors que j’examine un autre patient…
Mais mes textes lèveront le voile sur le vécu quotidien de plusieurs médecins, mes textes ont pour but premier d’INFORMER les gens sur ce qui se passe dans les coulisses de l’hôpital…
Je vais donc continuer à raconter, et je me répèterai tant que les choses n’ont pas encore changé…
A suivre, CCV'

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3 août 2006 4 03 /08 /août /2006 21:34

Aujourd’hui j’ai eu ma première engueulade officielle à 7allouf land !
Patience patience ! ça fait quatre semaines que je fais de mon mieux pour garder mon sang froid avec les malades, mais aujourd’hui j’ai craqué !!
En Images :
Je débarque au centre, et comme d’hab, une poignée de malades est déjà là.
J’ouvre mon bureau, je m’installe et j’accueille la première consultante.
Elle s’assoit et commence à parler de sa maladie. Bilan : ça fait quelques jours qu’elle croit avoir une angine, elle a acheté pleins de médicaments et ça n’a rien donné, elle veut que je lui prescrive «  Echouka » un médicament injectable !
Je l’ai examiné et je lui ai prescrit un traitement par voie orale, qui à mon sens était le plus adapté. C’est une malade qui a en plus les moyens de s’acheter le traitement !
Là quand je lui ai tendu l’ordonnance et j’ai commencé à expliquer, elle s’est déchaînée !!!  « Je veux des injections, c’est moi qui sais de quoi j’ai besoin, toi tu ne comprends rien, je me connais très bien, alors écris moi ce que je veux !!! »
Un, deux, trois…Je compte jusqu’à 10 !!! Inspiration profonde, expiration profonde !
« Mme, je vous ai prescrit le traitement qu’il faut pour votre cas »
« Toi tu ne sais rien, tu ne comprends rien, on t’a juste mis là pour foutre le bordel, tu ne sais rien du tout » tout en criant haut et fort, de façon à ce que tous les habitants de 7allouf land puissent l’écouter.
« Mme, j’ai dit ce que j’ai à dire. Si vous voulez acheter le traitement c’est bon, sinon, vous êtes libre, j’ai pas fait 7 ans d’études, 36 000 nuits blanches pour quelqu’un vienne me dicter ce que je dois faire »
« Moi je sais ce qui me convient, d’ailleurs, les diabétiques, y’en a ceux qui prennent des comprimés et ceux qui ont des injections, alors c’est pareil pour moi, à chacun ce qui lui convient, chacun son sang !!! « Koulla ou demmou » »
Mon sang bouillonnait déjà, je me sentais au bout de ma zen attitude ; je me suis levée, j’ai ouvert la porte et j’ai demandé au 2ème malade de rentrer.
Elle a donc étendu le show au hall du centre, pour que tous les présents puissent profiter de la scène, elle m’a traitée de tous les noms et elle est partie.
Quelques minutes après, le major du centre de santé vient me voir.
« Dr, une malade est venue me voir, prescrivez lui ce qu’elle veut, rah je la connais »
J’allais me jeter par la fenêtre, je lui ai dit : « Mr, selon les dernières recommandations et les derniers consensus, le traitement que j’ai prescrit à la dame est le mieux adapté à son cas, et puis, je ne négocie pas mes ordonnances, j’ai dit mon mot, et vous avez pas à intervenir »
Je suis lamentablement déçue, de voir quelqu’un du personnel venir me demander de changer mon ordonnance pour faire plaisir à une malade, qui non seulement ne sait pas ce qui lui convient, mais en plus, a été plus qu’insolente à mon égard !!!
Très prometteur le travail à 7allouf Land ! et très agréable est l’ambiance. Les malades sont obstinés, viennent avec des traitements en tête ! « ma voisine a pris ce médicament, je veux le même », «  le médecin tel m’a prescrit ces comprimés, je veux les reprendre » «  j’ai mal aux yeux, je veux la pommade qu’on donne ici » «  on m’a dit que vous avez un sirop efficace, je veux l’essayer » à quoi bon alors se casser la tête à potasser tous les cours de médecine, si on n’a même pas droit au respect pour toutes ces années d’études !!!!
A suivre, CCV'

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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 10:25

J’ai enfin trouvé une solution aux queues interminables aux guichets de gares, bien que je n’aie toujours pas compris pourquoi je tombais systématiquement sur des guichets à problèmes !!! J’ai croisé tous les employés de l’ONCF qui veulent des réductions, j’ai dû attendre tous les fonctionnaires en mission qui tenaient à régler leurs « réquisitions » alors que mon train attendait sur le quai !  Fini ces scènes ridicules de moi courant et bousculant les passagers de Casa pour ne pas rater mon train !!
Parce que Kénitra, et avant d’arriver à 7allouf Land, commence d’abord par la gare, le train, la navette…et les navets ;-)
Je fais maintenant partie des passagers à carte !
Le trajet de l’aller est toujours une occasion pour voir défiler toutes les appréhensions de la journée. Comment devrais je me comporter ? Et si jamais un malade m’agresse ? Et si jamais quelqu’un m’attaque ? Bref, des interrogations à ne pas en finir…J’avoue que les premiers jours étaient vraiment durs.
Je ne savais pas à quelle population j’avais affaire, y’a des choses qu’on n’apprend pas dans les bouquins. Aucun cours de médecine n’explique comment répondre à une insolence, et pourtant c’est pas ce qui manque.
On a tendance à voir le malade en position de faiblesse, une personne qui souffre et qui cherche à se faire soigner. Mais ce profil ne correspond pas à celui de tous les malades…
Certains rentrent pour avoir un cachet sur le traitement qu’ils veulent, «  je veux le médicament tel, jarti jerbatou et elle s’est améliorée » tu as beau leur expliquer que le traitement doit être adapté en fonction de chaque malade, tu as beau leur demander plus d’explications sur leur maladie, RIEN ! y’a en une qui a même refusé que je l’examine, pour elle, elle savait très bien ce qu’elle a, et je n’avais pas besoin de l’examiner pour lui prescrire le traitement, suffisait de copier coller le médicament de la page d’avant, il réglera le problème !!! Quand j’ai exigé à ce qu’elle soit examinée avant toute prescription, elle est sortie en rogne en me traitant de tous les noms, et disant qu’elle ira acheter le médicament qu’elle veut de la pharmacie du coin, sans passer par un médecin…
On m’a raconté d’autres histoires du genre, des malades qui sont passés à l’acte dans un moment de « folie » et ont marqué à vie la mémoire de leurs médecins…
Au dispensaire, pas de sécurité. Suffit d’avoir des biceps développés, une fibre agressive et le tour est joué…
Pour l’instant j’ai eu droit à quelques méchancetés, mais assez soft ! Du manque de respect, de l’insolence, y’a même des malades qui m’ont draguée en plein milieu du dispensaire, mais bon, j’ignore le tout, et j’essaie de faire mon travail correctement.
On dirait que je découvre les malades pour la première fois de ma vie, le fait d’être la seule 7ème année du centre, - vu que l’autre est pistonnée-, de devoir me comporter comme une fonctionnaire, le fait d’avoir un bureau à moi, une clé…tout ça fait de ce stage une expérience unique qui ne cesse de m’apprendre jour après jour…
A suivre…CCV'

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15 juillet 2006 6 15 /07 /juillet /2006 21:53
Ah non je suis toujours là et je compte bien continuer à vous embêter avec mes tribulations hospitalières…
Oui oui, je tiens le coup, je garde le sourire et je profite à fond de cette expérience!Et bien que tous les chauffeurs de taxi qui me conduisent au centre ne manquent pas de me dire : ça fait longtemps que je n’ai pas mis les pieds ici, c’est un quartier très dangereux, -Merci de me rassurer encore-, la femme de l’épisode 1 ne m’a pas défoncée l’autre jour, j’ai su garder mon calme malgré la trouille, et j’ai pu rester ferme bien que j’étais triste de la voir incapable d’acheter son traitement.
Grâce à mon séjour à 7allouf land, j’ai découvert que les prestations offertes au niveau du centre de santé sont GRATUITES ! Euh, la honte, après 7 ans de médecine ! Ben oui, c’est une bonne chose ; on ne paie pas pour voir un médecin généraliste.
Mais le dilemme est celui de la prescription. La scène est la suivante.
Un malade qui s’est réveillé le matin avec un mal quelconque, ou qui traîne une symptomatologie X depuis un bon bout de temps, et qui décide ce beau jour d’aller voir le toubib. Il se présente, prend un numéro et attend son tour. Entre temps, il pense au loyer, au déjeuner de ses enfants, aux demandes de sa femme, à sa mère diabétique, à son père cardiaque. Il pense aussi au boss qui va l’emmerder parce qu’il ne viendra pas aujourd’hui au boulot, ça voudra certainement dire un jour de moins sur le salaire !! Oh mon dieu, comment payer l’épicier, les frais deviennent de plus en plus lourds surtout que la sœur a décidé de s’amener avec ses gosses pour passer les vacances…
Zid a sidi – à vous Monsieur. Il rentre, en face de lui ;
Un médecin, qui traîne derrière lui minimum 7 ans d’études, autrement dit, 7 ans de bourrage de crâne avec toutes les pathologies possibles et imaginables, la physiopathologie, l’épidémiologie, les complications, le pronostic, les formes cliniques, la morbidité, les examens complémentaires et tout le tralala qui suit !!! Et dans la chaleur suffocante, il voit son malade.
Il fait le diagnostic, il prescrit. Et là le malade interrompt systématiquement la rédaction de l’ordonnance en sortant la réplique magique : wach ghadi ye3tiouni dwa hna – est ce qu’on va me donner les médicaments ici ?- parce que sinon, il ne l’achètera pas ; il n’a pas les moyens de s’offrir le luxe de s’acheter un médicament !
On rentre alors dans les considérations du médicament le moins cher, est ce qu’il est efficace ou pas ! Et en rédigeant l’ordonnance on laisse de côté toutes les années d’études pour essayer de résoudre un problème social : QUE FAIRE ?
Pas facile de gérer ! Pas facile aussi d’avoir toutes les connaissances pharmacologiques pour se mettre à rédiger un même médicament parce que c’est le seul que les malades d’un quartier défavorisé peuvent se permettre !!!!
A combien de malades peut-on donner de l’argent pour qu’ils achètent leur traitement ou pour qu’ils fassent une radio urgente ? À un, à deux ! Oui, mais on en voit des tonnes…
Ça me fend le cœur de voir qu’une hypertendue a arrêté son traitement pour donner de quoi manger à ses enfants, ça me tue de rédiger une ordonnance à un SDF sachant pertinemment qu’il va la jeter au coin de la rue… Ce sont des situations que je vis tous les jours, et ce regard abattu par la misère me torture, mais que puis je faire ?
C’est beau de faire de la médecine, oui c’est un métier noble, mais à quoi bon prescrire des médicaments que personne ne va acheter ?
Avec tout ça, il faut savoir garder le sourire…il y’a des gens qui n’ont même accès au médecin…
A suivre, CCV’

Bonus pour les fidèles :
Un monsieur sonne à une porte où il y a marqué +Docteur+.
- Docteur, je viens vous voir, car j'ai très mal au testicule gauche.
- Ah ! Je suis désolé, monsieur, mais je suis docteur en droit.
- Mince ! Je ne savais pas que vous étiez spécialisé à ce point !!!
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12 juillet 2006 3 12 /07 /juillet /2006 22:21

J-1 :
Dimanche, l’Italie me régale…Je passe la nuit à l’hôpital à papoter et à refaire le monde, à faire un saut de temps en temps aux urgences pour aider l’équipe de garde qui était plus que débordée…NUIT BLANCHE. Une poignée de futurs médecins réunis pour le foot et pour le foot, repasse ses années d’études et se lamente sur son sort…entre éclats de rires, insouciance, taquinerie et malentendus, un nouveau jour s’est levé…
J 0 :
9h je pointe à la direction de l’hôpital, je demande à voir le surveillant général. Je lui demande gentiment de m’accompagner à mon centre de santé, vu que je ne sais pas où ça se trouve. Il accepte le plus paternellement au monde et nous commençâmes notre périple.
D’après ma note d’affectation, je devais me rendre au centre de Santé « Saknia ».  On a fait le tour de 5 centres avant d’arriver à destination !! Le surveillant est bien Kénitri, et connaît normalement toutes les formations sanitaires de la ville !!! Sur la route, il n’a pas arrêté de me dire que je devais tout faire pour changer de centre, vu que la région est très dangereuse et que le quartier est très risqué, franchement pour me rassurer je ne pouvais pas trouver mieux que lui ;-) ! Je stressais de plus en plus…
9h57 : On arrive à un centre called « Allal quelque chose » ! Euh…apparemment c’est là où ça se passe.
Je débarque en bonne petite fillette, cartable en main, queue de cheval, pommettes rouges, chemise brodée – bon là j’exagère :p-…bref, le surveillant général me présente au staff ! Le personnel est très accueillant, et l’ambiance est très chaude !! Trop de malades qui attendent, les bébés crient, les enfants courent dans tous les sens et le thermomètre vire vers le rouge !
Sueurs, senteurs et sommeil. Je garde un peu de lucidité pour faire la remarque au médecin chef du centre : moi je suis normalement affectée au centre Saknia et vous c’est Allal quelque chose ! il me répond en éclatant de rire ; ce centre est communément appelé : Sbitar el7allouf – l’hôpital du cochon-… j’écarquille mes yeux qui tendaient à s’accoler, et je commence le boulot ; bienvenue à 7allouf land.
Là je m’apprêtais à quitter les lieux, genre je me suis présentée c’est bon pour aujourd’hui. Le médecin chef n’était pas du même avis…Le surveillant général m’a donc laissé, après m’avoir filé son numéro de tél en me disant : au moindre souci tu me bipes, on dirait qu’il tenait absolument à me foutre la trouille !!  À le voir partir, je croyais que j’allais restée à vie dans cet endroit géographiquement indéterminé !! Que le boulot commence.
10h30, première leçon : comment remplir le registre de consultation.  Y’a le nom du malade, l’âge, l’adresse ; et là je remarque que pour tous les malades c’est un code MM. C’est quoi ?
MM= almintaka almotahara* ; c’est le nom du quartier !! * Zone purifiée.
Là je vous arrête, pour vous inviter à laisser libre cours à vos neurones ! Imaginez un sbitaaaaaaar el7alouf en plein milieu de almintaka almotahara ;-)
11h00: sthéto, blouse, je suis déjà à mes premières ordonnances. Je sentais la fatigue me courber le dos, mais je devais me concentrer pour ne pas gaffer !
Une femme se présente avec son bébé, je l’examine, je fais mon diagnostic, je prescris de l’Augmentin ; autrement dit, un médicament qui coûte plus de 150 Dhs. Prix d’à peu près toutes les amoxicillines protégées au Maroc ! Quelques minutes après, la femme revient révoltée, elle me jette l’ordonnance sur la gueule avec une agressivité sans égal et me dit sur un ton de – tu parles je te défonce- : l’infirmier m’a dit que ce médicament coûte cher, change le moi !!!!! Fond musical : mission impossible. Mon faciès ressemble à celui des mangas, avec leur unique goutte de sueur sur le front…
à suivre…CCV’ ;-)

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