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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 19:49


Je ne connaissais pas la ville. Il a décidé de l’endroit, un café américanisé.
Nous nous installâmes après avoir récupéré nos chocolats chauds. Nous nous retrouvâmes comme deux étrangers. Silence religieux. Nos regards fatigués se fuirent, se cherchèrent, s’interrogèrent, se découvrirent.
Il est 7 heures du matin, cela fait deux jours que nous nous battions contre Morphée, la lutte fut rude, mais comme deux braves chevaliers revenus de la guerre, nous nous délections tacitement de notre gloire. Silence encore.
Je ressentis une gêne crispée. Mon visage resta muet, le sien aussi. Je continuais à tourner machinalement ma cuillère ; une façon élégante de masquer mon masochisme, car en dépit de toute la lourdeur de l’ambiance, j’étais contente de l’avoir en face.
Il observait le mouvement machinal de ma main, il y percevait mon pouls, et guettait les moments de nervosité pour me jeter des regards mi-surpris mi-glorieux.
J’observais son regard, il dégageait un angélisme diabolique, il était à la fois méchant et attendrissant.
Les premières palabres étaient timides et maladroites. Parler des autres n’est il pas une échappatoire ? Nous étions comme dans un match de football sans ballon, on courrait presque aveuglement vers le but.
Les autres dont on parlait étaient notre ballon imaginaire, à travers eux, nous nous parlions, nous nous séduisions et nous marquions des points.
Petit à petit, nous nous approchions l’un de l’autre. Le déclenchement du sentiment de jalousie marche à tous les coups. Je marque un point. Sa contre attaque ne tarda pas. Il utilisa une autre tactique : L’indifférence. Les nœuds de nos langues semblaient se dissiper et après plus de trente minutes de résistance, il avoua son faible pour moi.
Il l’a dit avec beaucoup d’arrogance, je dirai même avec du mépris. Paradoxalement, je trouvai son aveu délicieusement romantique.
Je souris, mes yeux se rivèrent sur lui requérant encore plus d’aveux. Ses yeux étaient la rivière de mon Narcisse.
On s’échangea quelques compliments, dès qu’il prenait la parole, je sentais mon épiderme se couvrir de cils auditifs. Je devenais toute, une grande oreille.
La séance des éloges touchait à sa fin, l’arbitre – sorti de nulle part- siffla la fin du match, les gradins se remplirent comme par magie ; et sous le regard admirateur des spectateurs, nous avançâmes la tête haute, tantôt en gladiateurs sans épée, tantôt en footballeurs sans ballon. De tous les combats, mon Narcisse avait gagné.

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17 mars 2007 6 17 /03 /mars /2007 20:24

Végéter.
La chambre est très obscure. Le silence et les araignées semblent être les maîtres des lieux.
Ramper.
Les murs ne reflètent aucune vie. Froideur glaciale. Le néant.
Gerber.
Pourtant au fond de cette chambre elle vivait. Passé mort. Des frissons transpercent mon corps, la peur de l’inconnu -ou peut être de la mort- l’envahit.
S’effondrer.
Matière nous sommes. Somme de matières.
Méditer.
Végéter.

 

 

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19 octobre 2006 4 19 /10 /octobre /2006 23:45

Oui. Il faut mourir avant de connaître le paradis. Mais la mort est elle souffrance ou délivrance ? Quand je mourrai je te dirai, tu voudrais de ma réponse ?
La vie est un long chemin tu sais, alors ne parlons pas de la mort pour célébrer une naissance. Naissance dystocique certes, mais toute naissance est délicieuse, n’est ce pas ?
Long silence. Souvenirs qui résonnent dans une salle d’attente, je n’aime pas attendre, et pourtant !
Des lettres et des lettres qui défilent, des mots qui naissent et d’autres qui disparaissent. On remplace des « je t’aime » par des « je t’aime bien », on change le présent de narration par l’imparfait des contes de fées, on dessine des visages, on leur arrache les cheveux, on leur dessine un sourire, puis on l’efface. On préfère les larmes aux sourires. J’en rigole.
Sourire jaune. Ah bon ? Depuis quand les sourires ont des couleurs ? Sourire rouge. Rouge comme le sang d’un cœur blessé. Rouge comme…non rien. Je dis n’importe quoi. Tout ça pour te dire qu’un sourire ne peut être rouge, parce que quand un cœur saigne, il ne peut être que triste. Et les tristes ne sourient pas. Mais tu m’as dit que tu n’étais pas triste ! L’es tu ?
Parce que tout est fini. Mais qu’est ce qu’on avait commencé ? Un rendez vous tant reporté ? Une discussion tant attendue ? Une vie ? Une histoire, ou était ce L’histoire ? Ou ne devrais je pas poser de pourquoi ?
La vie est un long chemin. On a dû marcher sa moitié. Pas à pas nous avancions ; était ce pour reculer ? NON. C’était pour rester sur place, mais en arrachant un moment de passion à la sagesse. Prévenir n’est il pas mieux que guérir ? Oui mais guérir quoi ?
Un oubli. Un manque. Une souffrance injustifiée. Un doute.
La prévention peut être primaire. Eviter que le mal ne se produise.
La prévention peut être secondaire. Une fois là, éviter de le revivre.
La prévention peut même être tertiaire, j’ai oublié ce que cela veut dire, toi tu sais ?
Je me disais bien que tes mots me ressemblaient, un peu…tu es beaucoup plus talentueux que moi dans « les choses personnelles », même dans d’autres choses. Est ce le début d’une cure, ou le début d’un roman épistolaire ? Chez toi ça résonne ; je voulais dire ça raisonne ! Crétin va bien ?
J’ai compris quand j’ai lu ta dernière phrase. Laisse moi t’avouer que l’imprégnation est dans les deux sens. Un jour tu comprendras.
Ce n’est pas une pitié. Ni un sentiment de culpabilité ; pourquoi alors tout mal interpréter ?
C’était une pensée.
Une pensée souriante pour un être cher. Un être cher qui existe toujours mais qui le refuse ; d’être cher ou d’exister ? Allez lui demander ! Alors j’écris bien ?!

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27 juin 2006 2 27 /06 /juin /2006 02:12

Tu as peur !
Parfois la peur du futur nous fait perdre le présent.
A vouloir assurer son bonheur, on passe à côté de choses simples de peur qu’elles nous fassent mal…
Peur injustifiée, absurde.
A vouloir se protéger, on se fait déjà trop mal.
Peur de s’attacher, peur de ne plus gérer ses sentiments, peur de vivre sans l’autre, peur d’être seul, peur de se faire avoir, peur du rejet, peur d’aller jusqu’au bout, peur d’avoir peur…
Pfffffffffffff, comportement humain rationnellement irrationnel !
Tu as décidé de partir aujourd’hui…de peur d’avoir mal demain ! Et si jamais demain ne vient pas ?
Tu as voulu qu’il ne vienne pas…Je me plie.
Demain je me réveillerai, sans toi. Je ne penserai pas à toi. Je ferai comme si tu n’existais pas. Pfffffffff, même pas vrai ! Est il possible d’ignorer quelqu’un qui compte pour nous et qui change notre quotidien ?
Pourquoi déguster si l’on peut dévorer ? Pourquoi avorter si l’on peut accoucher ? Lâcheté ou sagesse ?
Oui, je sais, c’est ma colère ! Tu me connais ; impulsive !
Tu viens sans préavis me dire que tu pars ! Non, que tu es déjà parti ! Tu me laisses un petit mot sur la table ; tu ne m’as même pas donné l’occasion de gueuler !!!! Tu ne m’as même pas laissé de fleurs…
Tu ne m’a même pas laissé t’empêcher de partir…je ne me suis doutée de rien, j’ai eu mon bisou sur le front, j’ai eu mon sourire, j’ai eu ma dose d’affection quotidienne… j’aurai aimé te dire adieu…
Ma colère est enrobée d’un sourire, car comme me disait un copain argentin : « ne pleure pas parce que tout est fini, souris parce qu’un jour ça a existé » ! pffffffff, je dis n’importe quoi…
Je te dirai quand même que ton sourire va me manquer, ton diablotin rouge et ton regard malicieux aussi…
Continue à butiner…

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31 janvier 2006 2 31 /01 /janvier /2006 22:39


J’ai 4 ans et demi. Je vis dans une maison avec un grand jardin. Je grandis au sein de roses et de lilas… j’aime beaucoup les fleurs.
Elle s’appelait Rosa…
On me l’a offerte sans occasion, et sans préavis. Tout comme la vie.
Rosa était une rose blanche. Elle incarnait l’innocence et la pureté, la transparence et la bonté. Ainsi me dit on quand on me la donna.
Rosa était radieuse et de sa lumière, elle a égayé ma vie…
Rosa était tendre et de sa douceur, elle a pansé mes plaies…
Rosa était belle, la plus belle de toutes les fleurs du jardin.
Jour après jour, Rosa s’éteignait…après peu de temps Rosa s’est fanée…
Je l’observais perdre son éclat et sa brillance…Elle devint jaunâtre, puis nauséabonde.
Une fleur est belle, en l’arrachant nous satisfaisons notre soif de la beauté.
Mais une fleur arrachée à son milieu se fane et se dessèche.
Une fleur déracinée perd ses repères et préfère se tarir…inconsciemment.
Une fleur exilée de sa terre perd le goût de la vie et choisit de périr en offrant le bonheur.
Désolée ma Rosa de t’avoir aimée égoïstement…mais saches que je t’ai aimé quand même.
Dorénavant, je n’arracherai aucune fleur à sa terre… la douleur ne justifie pas le bonheur.

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3 janvier 2006 2 03 /01 /janvier /2006 21:54


Nostalgie. Je marchais à petits pas. Pas à pas je me rappelais. Rappeler n’existe que parce que oublier existe. Souvenir.

Même décor. L’heure qui sonnait pour partir. Je nous regarde refaire le monde sur ce banc. Le banc est vide.

J’avance. Je recule dans le temps. Drôle d’impression que celle d’avancer en reculant ; de reculer en avançant. Il fut un temps, où l’on avançait ensemble. Vers quoi ? Vers un souvenir futur, un passé présent.

Des visages. Les mêmes qu’il y’a 7 ans. Certainement pas. Je revois les heures passer, les jours filer, les années défiler. Je me revois. Je nous revois. Nous me manquons.

Nostalgie. Je marche en ignorant ma mémoire. Je fuis le temps. J’écrase les souvenirs. Se rappeler rime avec douleur. J’ai encore mal.

Même décor. Nos voix qui s’élevaient pour crier notre différence. Discorde. Je nous regarde démolir ce qu’on avait construit. Ruines.

Nostalgie. Oubli.

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15 décembre 2005 4 15 /12 /décembre /2005 23:25


NOM : Khadija.

Age : 32 ans.

Situation familiale : divorcée avec un enfant.

Profession : infirmière.

NOM : Halima

Age : 27 ans.

Situation familiale : divorcée avec un enfant.

Profession : sans.

 

Scène n°1 : khadija prend le bus pour à l’hôpital où elle travaille. Elle pense à tous les problèmes qu’elle a avec son mari, elle est triste, elle en veut à tout le monde, même au contrôleur du bus…elle pense à son enfant qui doit subir les conséquences d’une relation qui a échoué, elle pense à l’avocat qui attend ses 5000 Dhs, elle pense à son hernie discale qui la prive de sommeil. Elle pense à toute cette injustice, elle pense aux médicaments qu’elle doit débrouiller pour sa mère diabétique et hypertendue, elle pense à sa voisine qui n’arrête pas de faire allusion à son ex-mari qui l’a trahie. Elle pense au loyer, aux frais des cours supplémentaires de son fils, elle pense à la facture d’eau, elle pense au plombier qu’elle doit appeler. Le bus arrive à l’hôpital. Khadija descend. Il est 9h du matin.

 

 

Scène n°2 : Service de pédiatrie dans un hôpital public. Halima est alarmée. Son bébé a saigné,  il est pâle. Elle ne sait pas ce qu’il a. Il ne la reconnaît plus, il ne tête plus.

Ça fait deux jours qu’elle n’a pas dormi. Elle n’avait pas les moyens d’amener son fils à l’hôpital. Elle a dû prendre de l’argent de chez sa voisine pour prendre un car, un grand taxi puis un petit taxi et arriver à l’hôpital. Elle ne comprend rien au circuit de l’hôpital, elle ne sait pas lire. Elle a peur de perdre son gosse, son seul espoir. Elle est en larmes.

Elle attend. Son fils vomit encore du sang. Il est prostré. Il va mal. Elle s’inquiète. Elle pleure. Personne ne lui parle. Elle attend son tour. Le médecin sort, puis revient. Il fait rentrer un délégué médical. Il fait rentrer le deuxième délégué médical. Il voit le fils de Halima. La sentence de l’hospitalisation tombe. Elle s’effondre. Il est 15h.

 

 

Scène n°3 : il est 17h. khadija râle. Trop de travail au service. Elle en a marre. Elle gueule sur les malades. Elle gueule sur tout ce qui bouge. Elle gronde Halima. Halima pleure. Khadija lui crie dessus, lui demande de se la fermer. Le fils à Halima pleure. Khadija refuse de lui prendre une voie veineuse parce qu’elle est la seule à travailler et parce qu’elle est malade et parce qu’il est 17h et que ce malade doit attendre l’équipe du soir pour qu’ils le prennent en charge. Khadija est fatiguée de travailler toute journée. Il y’a eu beaucoup de malades, elle verse sa colère sur Halima, qui elle, vient pour la première fois à l’hôpital.

Le fils de Halima est pâle. Il a besoin d’une transfusion. Khadija refuse de le transfuser. Il faut attendre l’équipe de garde. Il est déjà 17h45. Khadija sort de l’hôpital.

L’infirmière du soir arrive à 18h23. Elle a raté le bus.

Le fils de Halima est décédé à 18h00.

 

 

Ces scènes font partie du quotidien de l’hôpital. Les infirmières et même les médecins oublient que les malades n’ont pas choisi de venir à l’hôpital, et qu’ils ne sont pas là que pour les faire chier. Les malades sont là, parce qu’ils ont besoin de soins.

Scènes d’un jour, scènes de tous les jours. C’est malheureux.

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10 novembre 2005 4 10 /11 /novembre /2005 00:00

J’ai foiré la soupe chinoise. Encore. Qu’est ce que j’ai d’une chinoise moi ? La tête bridée.

J’aurais aimé t’y inviter. Pourquoi tu n’es pas venu ? Ma voisine y était. Tu te rappelles ? Celle de la jupe. Les hommes oublient tout.

La soupe était quasi nauséeuse. Non. Écœurante. Pire. Emétique. Elle a vomi un sourire. Mes papilles en étaient répugnées.  Elle continue à sourire. Son mari non. Dire à quel point une femme est forte en simulation.

Je l’ai foirée. Je vis. Et si je meurs demain ? Jamais je ne saurai que tu m’as aimée. Non.
Encore cet arrêt. Même heure. Toujours au rendez vous. A te voir, on dirait que tout dans ta vie est calculé. Je n’aime pas les gens ponctuels.

Le bus vient toujours à temps. Serait-ce un ponctuel ? Je n’aime pas attendre. J’aime faire attendre. Tout vient à point à qui sait attendre.

J’attends toujours. Le bus. Le boucher. Le facteur. Les factures. Le dentiste. J’ai peur des dentistes. On passe sa vie à attendre. La mort. On l’attend, tout comme on attend le bus. Le bus vient toujours à temps. C’est un ponctuel. Je n’aime pas les ponctuels.
Hier est parti. Hier n’est plus. Hier est mort. En se réveillant ce matin, en s’habillant, en sortant de chez soi, on a tous fait un pas de plus vers notre rendez-vous inconnu.

Certains l’ont rencontré aux escaliers, d’autres en conduisant. Il y’en a ceux qui ne se sont  pas réveillés. Thanatos travaille même les soirs et les jours fériés. Comme les caissiers et les réceptionnistes. J’ai toujours rêvé d’être caissière.

Je n’ai jamais été forte en maths. Mon père était schizophrène. Je crois que c’est lié. J’ai grandi en croyant que j’étais une fée. Mon père me donnait des ailes pour voler. Tu aimes Red Bull toi ? Trop acide pour moi.

Mon père est mort. J’avais 10, non 10 ans et demi. Je crois que j’avais 15 ans. Peu importe. Il est mort point. Depuis, je n’ai plus d’ailes.

Tu lui ressembles beaucoup. Ses neurones étaient bousillés, mais ce fut un homme intelligent. Le délire rongeait son cerveau. Conviction inébranlable. Il croyait qu’il était une montre électronique. Il m’a toujours dit qu’il était né d’une Mercedes. Apparemment les Mercedes sont hermaphrodites. Tu penses ? Il est né d’une voiture blanche. Il avait comme mission de promouvoir la paix dans le monde. Le blanc. Couleur de la paix. Tu as un cheveu blanc. Tu as quel âge ? Les femmes n’aiment pas parler de leur âge. Elles ont peur de vieillir. Nous sommes tous vieux.

Mon père disait que ma mère s’est noyée dans une baignoire. Elle n’a pas pu résister. Les montres anciennes ne résistaient pas à l’eau. Je n’ai pas connu ma montre maternelle. C’est pour cela que je n’aime pas attendre. Je n’aime pas les gens ponctuels.

Mon père. Il n’aimait pas attendre. Il a choisi lui-même quand et où croiser Thanatos. Les railles d’un train. Il a été broyé.

Je suis triste. Tu le vois. Tu l’ignores. Ton air glacial me tue. Tu réponds. Tu oses répondre à un appel téléphonique alors que je te parle, en silence. Mais le silence lui-même, a quelque chose à taire…

Tu lui souris. Alors c’est une femme. J’avais raison. J’ai toujours raison.

Tiens. Le bus est venu. Déjà. Je te vois demain si je foire ma soupe.

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18 octobre 2005 2 18 /10 /octobre /2005 00:00


Et si je meurs demain ? Jamais je ne saurai que tu m’as aimée. Non.

Encore cet arrêt. Même heure. Toujours au rendez-vous. A te voir, on dirait que tout dans ta vie est calculé. Je n’aime pas les gens ponctuels.

Si j’étais une forme géométrique, je serai une sphère. Ronde et anarchique.

Tu m’ignores, je sais. Tu ne daignes même pas me regarder. Tu ne sais pas que j’existe, et pourtant tous les jours, cet arrêt de bus nous unit.

J’ai pas fait la vaisselle hier, peut être que toi non plus. Tu vis seul ? Oui, tu vis seul. Ainsi je le veux. Ainsi soit-il. Donc je disais, tu n’as pas fait la vaisselle hier. Les moustiques de tes assiettes sont venus faire la cour aux moustiquettes de mes verres.

Tes chemises sont pourtant toutes bien repassées. Normal. Tu es un carré.

J’aime ton sourire, je l’ai dessiné hier, je l’ai montré à un garçon triste. C’était un orphelin que j’ai croisé en allant acheter des roses. J’aime les roses tu sais. Il pleurait, il était seul. Je n’aime pas la solitude. Mon frère me le disait tout le temps, je connais trop de monde, et pourtant je suis seule. Paradoxe. C’est tout moi. Je suis une sphère.

Tu aimes cette jupe ? Ma voisine me l’a offerte. Je n’aime pas les jupes. Je la porte. Tu ne dis jamais rien. Tu gardes tout pour toi. Dis-moi que je suis belle, que je te plais. Dis le moi, je veux l’entendre. Pourquoi ce mutisme ? Pourquoi cette froideur ? Et pourtant, tu aimes ma jupe non ? Les hommes sont tous pareils. Ils ne disent rien. Ils ne pensent à rien. Mais je veux que tu me dises que tu m’aimes. Tous les jours. Plusieurs fois par jour. Je n’aime pas deviner.

Je n’aime pas lire entre les lignes. Je ne sais pas le faire. Et si tu ne m’aimais pas ?

Il y’a une autre femme dans ta vie. Je le sens. Tu me trompes c’est ça ? Les hommes sont tous pareils, ils respirent l’infidélité. Aies le courage de l’avouer.

J’aime ton regard. Intelligent. J’aime les hommes intelligents. Mais les hommes intelligents n’aiment pas les films romantiques. J’aime les films romantiques, non je ne les aime pas. Je ne sais plus.

Ce pull je l’ai acheté moi-même à la boutique du coin. Il m’a coûté les yeux de la tête, ou préfères tu la peau des fesses ? Deux expressions corporelles pour parler de la même chose. Pourquoi ? Qu’est ce qui est plus cher ? Les yeux de la tête ou la peau des fesses ? Mais je sais qu’il y’a une chose commune entre les deux : on a deux yeux, et deux fesses. Ça doit être pour ça. Je suis intelligente. Je suis une sphère.

Je n’ai pas fait la vaisselle hier. Tu ne m’as pas demandé pourquoi ? Les hommes ne s’intéressent jamais à rien. Ils se foutent de tout. Les femmes aiment les détails, c’est important les détails. Je n’ai pas payé ma facture d’eau. J’ai oublié. Ces derniers temps j’oublie trop de choses. Pas évident de vivre seule. Me comprends-tu ?

Cette cravate te va bien. J’aime le bleu. C’est la couleur du ciel et de la mer. Tu sais, quand tu lances ton regard au fin fond de l’horizon, tu as l’impression que le ciel et la mer se croisent. C’est faux. Je t’explique. Le ciel est haut, très haut. Nos yeux nous trompent. Tu as de beaux yeux. J’aime bien leur couleur.
Ton air glacial me tue. Allez regarde moi dans les yeux. Fais moi fondre avec ton regard. Aime moi, sauvagement, animalement, le plus férocement possible. Fais moi la cour, comme le font tes moustiques à mes moustiquettes. J’aime qu’on me séduise tu sais. Je n’aime pas qu’on me drague. C’est ridicule. La séduction est un art. J’aime les arts. J’ai peur des lézards. Et toi ?

Le bus est venu. Je te vois demain. Et si je meurs demain ?

 

 

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18 septembre 2005 7 18 /09 /septembre /2005 00:00

Au début, ils les observaient avec beaucoup d’émerveillement…

Ils étaient majestueux, gracieux, beaux…

Puis, c’est avec beaucoup d’affection qu’ils les miraient…

Ils étaient devenus des copains, une familiarité s’était installée…

Le cadeau du tonton le plus gentil, mais aussi le plus maladroit…quoi de plus mignon que des papillons.

La petite était toute contente…elle se confiait à eux…elle leur racontait ses petites histoires, elle les aimait bien.

Son frère, lui, ne les avait pas apprécié au début…c’est qu’il ne s’entend pas très bien avec le Tonton.

Un papillon parmi les trois qu’il y avait, avait un QP (Quotient papillonaire, équivalent du QI chez les humains, quotient intellectuel.) de l’ordre de 7,8, c’était une vraie bénédiction.

Mais notre papillon s’est retrouvé seul, dans un coin perdu, chez des humains, et avec des papillons stupides…il ne pouvait plus faire des jeux de mots, il ne pouvait plus se prendre pour un serpent, il ne pouvait plus parler de sa théorie sur la lumière…Seule Elle le comprenait…seule Elle pouvait partager ces choses avec lui…mais ils les ont séparés…

Des humains, c’est toujours cruel…et la maladresse du Tonton ne pouvait que tomber sur une jolie histoire d’amour pour briser tous les espoirs et abrutir le plus intelligent des papillons qu’il n’y ait jamais existé.

Il était triste, l’échange d’idées avec ses semblables était quasiment impossible, ils ne se préoccupaient de rien, n’étaient pas curieux, ne voulaient rien savoir, ne voulaient rien explorer, rien découvrir…des abrutis quoi…

Alors il décida de s’échapper de ce beau petit coin décoré avec tant d’amour et d’attention pour embrasser sa liberté et retrouver sa bien aimée…

Il était vaillant, oui, courageux…mais c’était impossible de fuir…

Après plusieurs tentatives, il se découragea, et laissa tomber ses espoirs…

La petite s’occupait particulièrement de ce papillon, elle le chérissait plus que les autres, il était très beau, avec des couleurs harmonieuses et radieuses, ça lui donnait un air royal, c’est ainsi qu’elle l’appela : le prince papillon…

Un dialogue s’est établi, et par télépathie il arriva à lui décrire ses souffrances et lui fit parvenir ses peines et partager ses chagrins…la petite s’attrista, elle ne voulait pas le quitter, mais compatissait…

Elle était triste pour lui et pou elle, mais les humains, c’est égoïste donc elle le laissa chez elle et refusa de le libérer…

Il devint triste…

 

 

 

 

Depuis peu de temps, ils les observent avec beaucoup de tristesse…
Prince papillon est agonisant, il ne veut plus subir sa vie, lui, le passionné, l’intello, et puis surtout le LIBRE…
La petite ne supporta pas de le voir ainsi, mais ce qui l’attrista encore plus, fut l’indifférence de ses semblables, « ils le jalousent peut être » pensa-t-elle en silence.
Avec beaucoup d’amertume, elle les libéra tous…
Les deux se sont envolés par la fenêtre.
Prince papillon retrouva son sourire, il va enfin vérifier la véracité de sa théorie sur la lumière.
Prince papillon pensait que la lumière n’est qu’un mythe, et que ce qui tuait les papillons était plutôt la peur. Il eut l’occasion de s’approcher de plusieurs sources lumineuses dans sa vie, et pourtant il n’était pas encore mort…Sa bien aimée lui disait, qu’elle avait lu quelque part, que le feu était une lumière fatale, elle attire et brûle. Prince papillon refusa de la croire, il voulait vivre l’expérience.
Dès qu’il fut libéré, il s’est dirigé presque aveuglement vers la cheminée…cette lumière qu’il a tant observée de loin…
Il fut brûlé. Prince papillon est mort.

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