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18 janvier 2007 4 18 /01 /janvier /2007 01:05

Voici le texte de l’interview tel que je l’ai envoyé à Farah Kinani ; en rouge tout ce qui a été enlevé, et en noir, ce qui a été publié.
Je sais que c’est long, mais prenez le temps de lire. Vous allez comprendre ma surprise !!

Q - Vous avez été en Jordanie, parlez nous du programme.

 

1) Je suis partie en Jordanie, pour participer à une semaine de formation organisée par l’université des nations unies, l’institut international de leadership en collaboration avec la fondation Konrad-Adenauer-Stiftung. La formation portait sur le thème des jeunes leaders et la politisation de la religion et l’avenir de la démocratie au niveau du moyen orient. J’ai trouvé le thème abordé très intéressant et j’eus vite envie d’y participer. 
Le programme de la formation était très riche et diversifié. Les cours étaient essentiellement sous forme de conférences données par d’éminents professeurs venus de divers horizons. De Wisconsin à Ramallah passant par Amman et Tunis, Tel-Aviv et Nairobi, les professeurs présents étaient tous très ouverts et étaient là pour interagir avec les participants plutôt que pour étaler leurs connaissances. Les débats étaient très fructueux et les profs étaient surpris par le niveau des participants qui ont des backgrounds très différents. Y’avaient des dentistes, des pharmaciens, des étudiants en médecine, en théologie, des journalistes, des économistes et quelques étudiants en sciences politiques. Tout ça pour dire que tout le monde se sont concerné par le sujet et non seulement les spécialistes.  Les discussions au niveau des ateliers se sont soldées par la rédaction de recommandations générales qui reflétaient les suggestions des jeunes pour résoudre les conflits de la région.
Le discours de la paix était prédominant. Tout le monde était unanime sur l’envie de faire valoir l’Islam comme religion appelant à la non violence. L’occident intervient excessivement dans les affaires du moyen orient et du monde en général, les pays concernés doivent au moins avoir leur mot à dire pour pouvoir contrôler ces interférences. La libération des peuples passent avant tout, on ne peut pas parler de démocratie sous le joug de l’occupation, et donc par exemple le mythe de la démocratie en Iraq n’est qu’illusion. Toutes ces réflexions montrent l’engouement de tous les participants pour la paix et le respect de l’autre.

Q- Quels ont été vos conclusions après avoir rencontre autant de jeunes avec cet intérêt en commun ?
 2) J’ai appris énormément de choses, je ne savais pas qu’on ne pouvait pas appeler la Palestine à partir du Liban, ni que les soudanais ne pouvaient pas partir en Israël. Les échanges avec les participants étaient très enrichissants. Avant de partir en Jordanie, j’étais consciente des problèmes que vit notre monde, mais après avoir participé à la formation, j’ai réalisé que les choses étaient pires que ce que j’imaginais. Les conflits et les tensions prennent toute leur ampleur au niveau de la région du moyen orient, toutes les tueries se font au nom des religions et des messages divins ; depuis quand les religions demandent à tuer les femmes et les enfants, depuis quand les religions appellent à répandre la loi du plus fort !! Est-ce cela la politisation de la religion ? Tuer et Tyranniser au nom de Dieu ? Légitimer des actes barbares au nom de la démocratie ; non mais quelle démocratie ? La démocratie n’est pas voter pour qui on veut, et en contre partie mourir de faim, vivre dans l’insécurité totale et ne pas savoir de quoi demain sera fait !
Y’a d’autres priorité dans la vie que d’avoir des élections transparentes, et sans ces priorités aucune démocratie ne peut être implantée.
Participer à une telle formation m’a donné l’occasion d’entendre d’autres points de vue, pour ne citer qu’un exemple je vous rapporte une petite anecdote : par souci d’égalité dans le monde, notre atelier qui devait sortir des recommandations sur les challenges de la démocratie au niveau du moyen orient, a demandé à ce que le droit de VETO soit annulé. Tous les états devraient avoir le même droit de vote au sein des nations unies, privilégier les forces économiques du monde enfoncerait le fossé entre le nord et le sud au sein même des nations unies. Cette idée venue au départ d’un participant libanais a vite été adoptée par notre atelier constitué de deux iraquiens, un algérien, une anglaise, une canadienne, une allemande, un tunisien et moi-même. Quand on a présenté les recommandations lors de la séance plénière, un participant israélien a pris la parole pour commenter notre présentation sur un ton très ironique : pensez vous que le Congo, Les états unis, La Russie et L’Ouzbékistan doivent avoir être égaux, c’est vraiment ridicule de voir les choses ainsi !
Sa réflexion était toute spontanée, ça prouve à quel point ce genre d’idées est ancré en lui. Après son intervention toute la salle a rigolé, il y’a sûrement ceux qui approuvent son raisonnement et ceux qui le trouve aberrant. Ce qui est sûr, c’est qu’il y’a mille et une façons de voir les choses, et chacun choisit ce qui l’arrange.
L’une des conclusions les plus frappantes aussi c’est ce sentiment d’autodépréciation générale que ressentent les arabes et les musulmans. L’arabe se voit inférieur, n’est pas fier de son identité, tous les jeunes aspirent à fuir leurs pays pour aller en occident où la vie est meilleure. Les raisons sont multiples, et la dépendance économique à l’occident n’est pas ce qui va arranger les choses. Avec la mondialisation, la tâche sera encore plus difficile. On perdra notre identité et on n’aura jamais celle de l’occident. Cette autodépréciation fait que les jeunes du moyen orient se sentent plus concernés par ce qui se passent aux Etats-Unis que ce qui se passent au Maroc ou en Algérie, le Maghreb pour eux « c’est loin… », C’est vraiment malheureux.

Q- Vous avez aussi participe a un programme organise au Danemark après l'affaire des cartoons.que pouvez vous nous dire de cette expérience ?
3) L’expérience du Danemark était différente. Notre rôle en tant que jeunes musulmans venus de plus de 10 pays différents, était de montrer que l’Islam n’est pas une religion qui appelle à la violence. Nous avons passé une semaine avec des jeunes danois qui ne savaient rien de l’Islam. Pour eux, être musulman, c’est être un terroriste potentiel ; or c’est faux. Dans toutes les religions, il y’a des extrémistes, ceux qui appellent à la violence et préfèrent les armes au dialogue. Pourquoi il est facile de comprendre que tous les juifs ne sont pas des sionistes, tous les chrétiens ne sont pas des fondamentalistes et il est difficile de dissocier Islam et terrorisme ? Les médias transmettent à l’occident des images de tuerie, des attentats, des actes suicidaires et les présentent comme actes religieux dictés par l’Islam. Ces images sont derrière la naissance d’une grande islamophobie que seul le dialogue est capable de changer.
Après le projet « Next Stop Denmark » auquel j’ai participé, plusieurs semaines de dialogues ont été tenues en Syrie, en Egypte et en Iran entre des danois et des jeunes musulmans ouverts pour le dialogue. Je suis en contact avec des danois qui comptent faire du Maroc la prochaine étape de rencontre ; je vous en tiendrai au courant.

Q- Pourquoi vouez-vous autant d'intérêt aux affaires liées à la religion ?
4) La religion est au cœur de tous les débats ; tout musulman est tenu de comprendre pourquoi tant de haine vis-à-vis de sa religion. Tout musulman est tenu aussi de donner une autre image que celle de la violence faussement véhiculée et amplifiée par les médias. Le dialogue et la tolérance marquent les esprits, il faut juste prendre l’initiative. S’intéresser à la religion n’est pas un choix, c’est un intérêt dicté par les situations que nous vivons. Pas besoin d’être théologien pour se sentir concerné, il suffit d’être musulman pour se retrouver au cœur des discussions. La montée des mouvements islamistes un peu partout dans le monde est aussi un phénomène intrigant et très intéressant à étudier. Pourquoi les foules se mobilisent, est ce le pouvoir du discours religieux ou est le succès de la politisation de l’Islam ? Tant de questions que je me pose, et participer à ce genre de rencontre m’aide à clarifier mes idées et approfondir mes connaissances. J’avoue avoir une vision très naïve de la politique et de la vie en générale, je suis peut être trop idéaliste mais non utopiste. hahahaha.

Q- Pensez vous que les jeunes Marocains doivent s'investir plus comme acteurs actifs dans la société civile ?
5) Les jeunes constituent 30% de la population du Maroc, leur implication dans la société civile est une nécessité. Avant d’intégrer le monde des associations, ce qui me faisait fuir, c’étaient les longs discours qui ne servent à rien que de nous faire perdre des après-midi à devoir écouter les leaders et applaudir. Mais on peut parfaitement faire de l’action notre mot et changer les choses autour de nous, sans devoir faire de longs discours ni les écouter.
Ghandi a dit : « Be the change you want to see in the world. ». Si on a envie de changer notre société, de réduire la pauvreté, d’aider les malades, d’éduquer les enfants, de réduire la corruption, de lutter contre le SIDA, d’aider les orphelins, de prendre en charge les enfants de la rue, de défendre la liberté d’expression…etc, il faut s’organiser en association pour faire entendre nos discours. Mais l’implication des jeunes à elle seule ne suffit pas. Les jeunes doivent être encouragés et soutenus par la confiance des adultes. Il faut savoir valoriser et dynamiser l’énergie des jeunes et leur envie de changer les choses. Et très peu d’adultes le font malheureusement.

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commentaires

Julie 21/01/2007 16:09

C'est plutôt étonnant !

L' équipe éditoriale de Magharebia 19/01/2007 03:57

Lorsque des articles contenant un nombre de mots excédant celui accordé – comme c’était le cas de l’interview de Manal Benkirane – nous suivons les standards établis par l’industrie en éditant le texte pour se conformer au nombre de mots accordé.  Nous faisons tous les efforts possible afin d’assurer que le processus d’édition ne change pas l’intention de l’article. Nous envoyons alors une copie du texte édité à la personne interviewée pour revue et commentaires. Dans le cas de l’interview avec Manal Benkirane, la version finale par erreur n’a pas été envoyée avant sa publication. Nous sommes désolés que cette procédure n’ait pas été suivie et que Melle Benkirane n’ait pas eu l’opportunité de faire part de ses inquiétudes avant la publication.
 


 

Les éditeurs de Magharebia présentent leurs excuses à Manal Benkirane et à nos lecteurs pour cet incident. Nous serons plus vigilants à l’avenir pour éviter ce genre d’occurrence. 
 


 

Comme résultat de notre méprise, nous avons placé l’interview dans sa version intégrale ici.
 


 

L' équipe éditoriale de Magharebia 

FARAH KINANI 18/01/2007 20:15

Manal,
 
ton article etait fixe along et une lettre d'exuse est deja prete et devait t'etre envoyer aujourd'hui....mais , tu sais surement qu'il ya un decalage de 5 heures entre casa et Virginia!
je t'avais pourtant demande d'attendre...
Je ne comprends vraiment pas.
Des erreurs ca arrive, et l'essentiel c'est de corriger!!!
je t'avais aussi explique que la personne qui avait "trop" edite ton article a ete viree vu que ce n'est pas sa premiere "fois".
Pourquoi reagir de la sorte?
 
TOI MEME, TU AS PRIS DU TEMPS AVANT DE REAGIR...L'ARTICLE A ETE PUBLIE LE 2 jANVIER TU NEM'AS CONTACTEE QUE HIER, 2 SEMAINES APRES..
POURQUOI NE PAS LEUR DONNER LE TEMPS DE CORRIGER..
 
anyways,....

Farah Kinani 18/01/2007 20:02

Manal,
je crois que tu t'es precipite!
tu viens de m'envoyer ton email -HIER SEULEMENT- ou tu te plaignais des "coupures".Je t'ai repondu que Magharebia avait promis de republier l'interview , mais cela ne se passe pas overnight!!!!
Je ne comprends pas pourquoi tu as reagi de la sorte!
Je
 
 

yassine 18/01/2007 13:03

awedi  de mon avis tu t'en fous. c'est dur a accepter au debut. mais les gens qui t'admirent et consultent ton blog sont bien nombreux et liront ton vrai article.
donc t'as pas a trop t'en faire